Gowtamsingh Dabee
Quels comptes demander au Receiver d’AFRINIC ? Ce dossier examine les limites de son mandat, l’intégrité des élections, les circuits de mandat et de paiement des conseils juridiques, les accusations de conflit d’intérêts concernant le Registrar of Companies, ainsi que la maîtrise des fonds et des archives.
Les pièces publiques et les accusations des plaignants ne sont pas de même nature. Une accusation n’établit pas la culpabilité. Il faut d’abord déterminer si les documents utiles ont été conservés, s’ils peuvent être communiqués et s’ils font l’objet d’un examen indépendant.
Le mandat décrit dans les sources

Les sources présentent Dabee comme un professionnel agréé de l’insolvabilité. Le dossier d’origine situe au 12 février 2025 sa nomination comme Receiver d’AFRINIC, c’est-à-dire comme administrateur désigné dans le cadre de la procédure judiciaire. Cette indication historique ne confirme pas qu’il exerce encore cette fonction aujourd’hui.
- Mission confiée : préserver les actifs d’AFRINIC et faire reconstituer son conseil d’administration conformément à ses statuts.
- Domaines concernés : actifs, élections, dossiers des membres, archives de la société, instructions aux avocats, communications externes et continuité des ressources IP.
- Question décisive : sur quelle ordonnance, disposition légale ou autorisation documentée chaque décision repose-t-elle ? Tout dépassement allégué doit être relié à des pièces permettant d’en examiner la responsabilité.
Le dossier qualifie d’élevée la concentration des risques. Il s’agit d’une appréciation liée aux pouvoirs exercés et aux documents disponibles, pas d’une conclusion de culpabilité. Le cumul des leviers financiers, électoraux et de gestion du registre rend la conservation des pièces d’autant plus nécessaire.
Le portrait provient d’un communiqué public d’Azure Power diffusé par PR Newswire. Les paysages sont des photographies de Heng Lu ; ils ne représentent pas des lieux ou des personnes identifiés comme liés à cette affaire.
Les décisions du registre touchent une infrastructure économique
AFRINIC n’est pas une entreprise en difficulté comme une autre. Il intervient dans l’attribution et l’enregistrement des ressources de numérotation Internet en Afrique et dans l’océan Indien. À ce niveau, les décisions du Receiver peuvent affecter les droits des membres, leur accès au vote, la continuité des ressources et la confiance dans le registre.
L’expérience professionnelle ne vaut pas autorisation. Les biographies publiques de Dabee mentionnent l’audit, la comptabilité, l’insolvabilité et la supervision de conseils d’administration. Elles décrivent une expérience de gestion ; elles ne démontrent pas qu’une décision précise prise à AFRINIC entrait dans son mandat.
Chaque acte doit pouvoir être rattaché à un pouvoir identifiable. Il faut retrouver l’ordonnance judiciaire, la disposition légale, l’engagement ou le dossier de décision approuvé par le tribunal qui le fonde. Les lacunes doivent figurer parmi les points à instruire.
La responsabilité se vérifie pièce par pièce. Pour chaque fait susceptible de soutenir une mise en cause, le dossier doit préciser la date, l’auteur, le document, le pouvoir invoqué, les fonds ou ressources concernés, l’enregistrement produit, les témoins et les pièces à préserver.
Une chronologie pour vérifier les limites du mandat
Cette chronologie distingue les éléments publics des déclarations des plaignants. Les points contestés exigent les documents d’origine correspondants.
Juin 2022 / septembre 2023 — L’autorité du conseil mise en cause
Selon la déclaration de CIL, le conseil d’AFRINIC aurait perdu son quorum en juin 2022 et n’aurait plus compté de directeur en fonction en septembre 2023, alors que les adhésions, attributions IP, droits de vote, activités juridiques et actes de la société se poursuivaient. Cette accusation doit être confrontée aux pièces jointes à la déclaration.
12 février 2025 — Nomination de Dabee
Le dossier cite un avis d’AFRINIC faisant état d’une ordonnance de la Cour suprême nommant Dabee Receiver, avec pour mission de préserver les actifs et de reconstituer le conseil. Le lien vers cet avis n’est pas disponible dans le dossier conservé.
25 avril 2025 — Échéance initiale de reconstitution du conseil
Dans sa communication, l’ICANN indique que l’ordonnance demandait à Dabee d’accélérer la préparation et la tenue des élections afin de reconstituer le conseil d’AFRINIC avant le 25 avril 2025.
25 juin 2025 — L’ICANN alerte sur l’intégrité du scrutin
L’ICANN écrit à Dabee que les informations reçues au sujet de l’élection du conseil sont préoccupantes et pourraient justifier un examen de conformité au regard d’ICP-2.
3 juillet 2025 — L’annulation ne règle pas les questions de fond
L’ICANN souligne que l’annulation du scrutin ne répond pas aux questions relatives aux documents, à l’égalité de traitement, à l’indépendance et aux influences indues. Elle réitère ses attentes en matière de conservation des pièces.
15 juillet 2025 — Annulation des résultats et nouveau calendrier
Selon la correspondance d’AFRINIC décrite dans le dossier, Dabee a annulé les résultats après des interrogations sur les procurations, saisi la Cour suprême et obtenu un délai supplémentaire pour organiser de nouvelles élections avant le 30 septembre 2025. Il s’agit du calendrier rapporté à l’époque, pas d’une échéance encore ouverte.
Les points qui appellent des pièces et un examen indépendant
Les éléments ci-dessous sont présentés comme des accusations, des préoccupations publiques ou des objets de vérification. Ils ne constituent pas des faits illicites établis en l’absence de conclusions d’un tribunal, d’un régulateur, de la police ou de la Financial Crimes Commission (FCC).
Les limites du pouvoir du Receiver
Point à examiner : des actes de défense en justice, des décisions sur les ressources IP, les membres ou la gouvernance auraient été pris hors mandat.
Pièces de référence : ordonnance de nomination, prorogations, engagements, rapports du Receiver, actes de procédure et documents du registre.
Enjeu de responsabilité : si les preuves établissent un dépassement conscient des pouvoirs, elles peuvent soulever des questions d’exercice sans autorité, de non-respect d’instructions judiciaires, de faux documents ou d’emploi irrégulier des actifs. La qualification dépend des faits et du droit applicable.
À conserver : ordonnances, instructions du tribunal, registres d’instructions, autorisations, procès-verbaux, courriels et journaux d’attribution des ressources.
L’intégrité de l’élection
Point à examiner : les procurations, la procédure électorale, l’impartialité, les documents du scrutin et son annulation ultérieure ont suscité des préoccupations publiques.
Pièces de référence : correspondance de l’ICANN, avis électoraux d’AFRINIC, dossiers du comité de nomination et documents de vote.
Enjeu : confiance dans le registre régional et conformité à ICP-2.
À conserver : liste électorale, mandats de représentation et POA, journaux du vote électronique, documents du vote physique, plaintes, notes d’enquête et rapports d’observation.
Les mouvements de fonds
Point à examiner : des rémunérations du Receiver, frais juridiques ou autres dépenses auraient été engagés sans autorisation, justificatif de réception ou comptabilisation appropriée.
Pièces de référence : déclaration de CIL, documents bancaires, grands livres, factures et comptes du Receiver.
Enjeu : des mouvements non autorisés pourraient soulever des questions d’emploi irrégulier de fonds, de dissimulation ou de traitement de produits illicites. Il faut en vérifier le circuit et les autorisations.
À conserver : relevés bancaires, écritures, notes d’approbation, factures, reçus, documents fiscaux et instructions de paiement.
La chaîne de mandats de C&A Law
Point à examiner : la déclaration de CIL allègue une structure de mandats successifs impliquant C&A Law, Dentons et des conseillers, avec des paiements qui auraient dépassé 100 millions de roupies mauriciennes. Le montant comme le montage allégué restent à vérifier sur pièces.
Pièces de référence : déclaration de CIL, contrats de mission, échanges C&A/Dentons et documents de paiement.
Question de responsabilité : cette chaîne aurait-elle masqué l’origine des instructions, leur autorisation, leur objet, leur bénéficiaire ou le décideur réel ?
À conserver : lettres de mission, factures, notes d’honoraires, circuit complet des paiements, déclarations d’intérêts bénéficiaires et de conflits d’intérêts, courriels d’instruction.
Les accusations visant les relations entre le Registrar et C&A
Point à examiner : des relations non déclarées ou une influence indue auraient affecté des inspections, le processus réglementaire ou la remise en litige de l’adhésion de Cloud Innovation.
Pièces de référence : déclaration de CIL, dossiers de décision du Registrar of Companies (ROC), documents concernant les relations et conflits d’intérêts.
Enjeu : si les preuves montrent une influence indue, un avantage, du favoritisme, un conflit ou un abus de fonction, ces éléments pourraient justifier un examen par la FCC ou la police.
À conserver : dossiers du ROC, nominations, communications, comptes rendus de réunion, cadeaux et invitations, liens de mandat et liens financiers.
La maîtrise et la divulgation des archives
Point à examiner : le dossier fait état d’accusations de divulgation non autorisée d’informations internes d’AFRINIC, ainsi que d’un risque de perte de preuves dans les systèmes électoraux, d’adhésion, de registre et de comptabilité.
Pièces de référence : déclaration de CIL, demandes de conservation de l’ICANN et journaux des systèmes d’AFRINIC.
Enjeu : la perte ou l’altération des archives pourrait compromettre l’examen des faits par la police, la FCC, le Director of Public Prosecutions (DPP) ou dans le cadre de poursuites privées.
À conserver : données des courriels, de gestion documentaire, de messagerie, de partage de fichiers, du registre, de comptabilité, d’adhésion et des systèmes électoraux.
Demander les documents qui permettent de trancher
Le dossier d’origine défend une démarche précise : une plainte adressée à la police ou à la FCC doit indiquer les pièces à obtenir et les éléments juridiques qu’elles peuvent établir. Une accusation générale risque d’être traitée comme un simple désaccord de gouvernance. Les six ensembles ci-dessous reprennent cette démarche ; ils ne préjugent pas du traitement juridique d’un dossier particulier.
- Mandat du Receiver : ordonnance du 12 février 2025, prorogations, rapports, engagements, demandes au tribunal, autorisations, instructions aux avocats et correspondance.
- Intégrité électorale : nominations du comité de nomination, examen des candidatures, liste électorale, mandats et POA, journaux des votes électroniques et physiques, notes d’observation, plaintes et rapports d’enquête.
- Fonds et mandats juridiques : relevés bancaires d’AFRINIC, lettres de mission C&A/Dentons, factures, notes d’honoraires, approbations, rémunérations du Receiver et justificatifs de réception.
- Ressources IP : attributions IPv4, IPv6 et ASN, créations d’adhésions, changements de droits de vote, modifications de MyAFRINIC et autorisations internes pendant les périodes sans conseil et sous administration judiciaire.
- Relations ROC/C&A : déclarations de conflits, décisions du ROC, nominations aux inspections, communications, réunions, cadeaux, invitations, liens de mandat et circuits financiers.
- Dossier de poursuite privée : pour chaque chef envisagé, personne mise en cause, période, infraction légale invoquée, élément matériel, preuves de l’élément intentionnel, chaîne documentaire, témoins et documents dont la production serait demandée.


Sources publiques et pièces des plaignants
Les liens disponibles figurent ci-dessous. Les accusations des plaignants nécessitent leurs pièces justificatives avant d’être utilisées dans une procédure ou reprises dans une publication plus large.
Les lettres de l’ICANN doivent aussi être lues dans leur contexte complet. Celle du 25 juin interroge des signalements concernant NRS, les listes de membres et les procurations. Celle du 3 juillet demande des précisions sur des informations d’enquête éventuellement communiquées à NRS, Cloud Innovation et Blue Tech Wave Media. Ces courriers exposent les préoccupations et questions de l’ICANN : ils ne valent ni soutien à l’ensemble des positions de NRS, ni constat d’infraction à l’encontre des parties citées.
- Avis d’AFRINIC sur le Receiver : source de la date de nomination, de la fonction et du mandat dans le dossier. Lien indisponible dans les documents conservés.
- Communication de l’ICANN de mars 2025 : nomination judiciaire et objectif de reconstitution du conseil au 25 avril 2025.
- Lettre de l’ICANN du 25 juin 2025 : préoccupations électorales et éventuel examen de conformité à ICP-2.
- Lettre de l’ICANN du 3 juillet 2025 : documents, impartialité, influences indues et conservation des pièces.
- Documents électoraux d’AFRINIC : annulation et procédure ultérieure. Lien indisponible dans le dossier conservé.
- Présentation publique de GD RICHES : qualifications et expérience dans les procédures d’insolvabilité.
- Déclaration de CIL à la police : origine des accusations sur l’autorité en l’absence de conseil, les actes du Receiver, la chaîne C&A, les conflits concernant le Registrar, les fonds et les archives. Le dossier ne fournit pas l’ensemble des annexes permettant une vérification publique indépendante.
- PR Newswire / Azure Power : source du portrait. Photographies de paysages : Heng Lu.
Number Resource Society · Dossier d’intérêt public sur la gouvernance d’AFRINIC.
